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Si je vous disais…

 

Si je vous disais que mes Noëls d'enfant ne connaissaient ni la neige, ni le froid. Non, mes Noëls rayonnaient sous le soleil qui s'amusait à percer le bleu de la mer de ses lances dorées.

Mes Noëls avaient des senteurs de bonheur éternel !

Mes Noëls connaissaient les risques d'un pays en guerre, et pourtant mes Noëls étaient les plus doux et les plus beaux quand nous nous retrouvions le soir autour de la table familiale recouverte d'une nappe blanche, devant le pin de Noël, le coeur émerveillé par cette nuit étoilée qui verrait naître à minuit l'enfant de la crèche.

 

La crèche avait toujours une grande place à côté de l'arbre décoré. Les jeunes pousses vert tendre des plantations de lentilles et de blé lui donnaient l'impression de nous promettre de belles récoltes. 

L'étable nous la représentions comme une sorte de grotte creusée dans le papier couleur de terre qui nous servait également pour représenter les collines et le désert.

Notre crèche avait des palmiers comme arbres et non des sapins. La rivière disposait d'un petit miroir placé sous le pont qui l'enjambait et du haut duquel un berger se reflétait, mais cet eau calme nous la continuions ensuite par un ruban tortueux représenté par le papier qui avait enfermé plus tôt nos gourmandises.

Les santons, en dehors de la Sainte Famille, se dispersaient sur les vallons et collines que nous avions tentés de représenter au milieu de discussions enflammées et pas toujours sans cris entre frères et soeurs, chacun ayant son idée sur le mieux et le moins bien de tel ou tel repli de papier !

Enfin, une fois la crèche et le pin prêts nous rivalisions à qui mettrait le plus de mèches de coton blanc pour figurer les flocons de neige !! maman voyait son paquet de coton se répandre en quelques minutes, déchiqueté par nos mains qui se hâtaient de prendre la plus grosse poignée !! 

Je ne connaissais pas la neige comme je l'ai dit plus haut, mais bizarrement nous ne pouvions pas terminer notre décoration sans ces touches de neige sur notre pin  de Noël et nos palmiers qui parsemaient la crèche… Sans aucun doute les lectures de Noël que nous avions à l'école... 

 

Dans la maison un agréable parfum de pot-au-feu faisait frémir nos narines et nous donnait déjà un avant goût de cette belle nuit. Le pot-au-feu a toujours été chez nous un peu comme le médicament maison pour traverser les bonnes et mauvaises attentes. Il avait un peu le rôle de liniment, mais lui agissait non pas sur l'extérieur de notre corps mais bien sur notre coeur. 

Ce pot au feu serait servi pour l'avant réveillon, une sorte de mise en bouche qui nous permettrait d'attendre le gros souper qui suivrait le messe. Il fallait faire patienter les estomacs qui réclameraient l'obole d'une assiette pour attendre le véritable repas de Noël qui aurait lieu bien plus tard dans la nuit après la messe de minuit.

Certains se contenteraient d'une seule assiette de bouillon avec ou sans vermicelles, d'autres continueraient avec "juste" un petit peu plus… légumes et viande.

 

La température de nos coeurs ce soir là était à l'unisson de celle de notre pays. La douceur, la peur, l'amour, la haine, l'incompréhension, les mensonges, se côtoyaient et jouaient à qui perd gagne tout au long de l'année, mais nous voulions tout oublier ce soir où se jouait un si grand évènement.

Rien ne pouvait nous arriver en cette nuit, l'amour de nos parents se renforçant sous nos yeux en les voyant pétiller d'une joie aussi enfantine que nous !

 

Puis nous assistions à la messe qui nous annoncerait que le temps était venu d'annoncer la naissance de l'enfant que nous mettrions au centre de la crèche lors de notre retour à la maison. Jusqu'à cet instant, sa place resterait vide entre Marie et Joseph. Les animaux qui devaient réchauffer le nouveau né, l'âne, le boeuf attendant patiemment de découvrir celui que nous espérions tous.

Cette attente me semble encore aujourd'hui, le plus bel instant de cette nuit.

 

Après, au retour, tout n'était que cris, joie, baisers et sourire "Christ est né" ! 

 

Le Père Noël, ce gentil bonhomme avec son costume rouge pouvait passer pour la distribution des cadeaux. Cet homme qui n'avait rien de commun avec le Noël que nous venions de glorifier, pouvait lui, se partager avec nos voisins qui n'avaient pas la même foi. Trois religions cohabitaient et partageaient ses offrandes. Nous avions autant de plaisir à déguster les gâteaux blancs de Pourim que les zlabias croquants au miel, qu'à offrir les mounas de Pâques de maman.

 

Par la suite, les dernières années de mes Noël d'enfance, même le Père Noël ne put jamais plus nous réunir sous sa houppelande qui ne connaissait pourtant aucune religion ! 

 

Ave Maria Salam Shalom